L'Australopithèque de Malapa
Nom scientifique : Australopithecus sediba
Holotype : U.W. 88-50 (MH1)

 

Age : - 1.95 à - 1.78 millions d'années
Localisation géographique : site de Malapa (Afrique du Sud)

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Découverte :

  • Les deux squelettes partiels ont été découverts en août 2008 dans les dépôts de la grotte de Malapa située à 40 km de Johannesburg, en Afrique du Sud. Cette grotte n'est qu'à 15 km d'un autre site célèbre pour ses découvertes d'australopithèques, Sterkfontein.
  • La description des fossiles et de l'espèce a été publiée par le professeur Lee Berger de l'université de Witwaterstrand, dans la revue Science d'avril 2010.

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  • La bonne conservation des fossiles (plus de 40% des squelettes exhumés) ainsi que l'absence de morsures sur les os témoignent d'un enfouissement rapide et d'une mort accidentelle : les deux individus seraient tombés en cherchant de l'eau (voir schéma de la grotte).

Particularités :

  • C'est le fils du professeur Berger, Matthew, âgé de neuf ans et qui accompagnait son père sur le site, qui a découvert les fossiles.
  • Les deux fossiles ont été retrouvés à un mètre l'un de l'autre et semblent être décédés en même temps. La datation des sédiments les entourant donne un âge compris entre - 1.95 et - 1.78 millions d'années : ils sont donc plus jeunes que Lucy (Australopithecus afarensis) d'un million d'années.
  • Voir une vidéo

 

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Lee Berger et son fils Matthew sur le site de Malapa

  • Le premier squelette est celui d'une femelle adulte, l'autre celui d'un enfant mâle d'une dizaine d'années, peut être une mère et son fils, ou, au minimum, deux membres d'un même clan. Si de l'ADN pouvait être extrait des fossiles, son analyse fournirait la réponse.
  • Sediba, en langage sotho, signifie "fontaine" ou "source naturelle".
  • D'autres ossements ont été découverts associés aux deux squelettes : tigre à dents de sabre, hyène brune, antilope, souris, lapin... Deux autres individus ont été identifiés mais sont toujours en cours de dégagement.
  • Le fossile du jeune adolescent, particulièrement bien conservé, a été étudié pendant 2 semaines à l'European Synchrotron Radiation Facility (ESRF) de Grenoble. Cet outil, développé par le Professeur Tafforeau, utilise la technique de microtomographie synchroton à rayons X qui permet de visualiser l'intérieur d'un bloc fossilisé, sans l'endommager ou prélever des fragments, avec une résolution de l'ordre du micron et un excellent contraste. Les images assemblées donnent une image 3D du crâne. La dentition du fossile révèle la structure et les lignes de croissance des dents caractéristiques de l'âge (équivalent à celui d'un enfant actuel âgé de 13 ans). L'intérieur de la boite crânienne du fossile contient des oeufs fossilisés d'insectes dont les larves auraient pu se nourrir de la chair de l'homininé après sa mort. Une zone de densité plus faible qui pourrait être un vestige de son cerveau a également été repérée. Cette dernière découverte est majeure car les parties molles des fossiles se retrouvent rarement.

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Reconstruction 3D du crâne d'Australopithecus sediba (ESRF - P. Taffareau)


Caractéristiques :

  • Australopithecus sediba présente un mélange de caractères appartenant aux Australopithèques et d'autres proches des premiers représentant de la lignée des Homo.
  • Taille : 1,27 m pour un poids de 33 kg pour l'adulte femelle (27 kg pour l'enfant)
  • Capacité crânienne comprise entre 420 et 450 cc. Front fuyant. Constriction post-orbitaire marquée.
  • Dents de petite taille.
  • Présence d'un bourrelet sus-orbital et d'une légère crête sagittale. Arcade zygomatique relativement puissante. Mandibule robuste. Tous ces indices traduisent un appareil masticateur développé.
  • Prognathisme.

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  • Membres supérieurs et inférieurs sensiblement de même longueur.
  • Bassin large avec un pelvis avancé.  Fémurs orientés vers l'intérieur.
  • Locomotion associant une marche bipède avec une vie partiellement arboricole.

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Les deux squelettes partiels découverts MH1 et MH2 - Comparaison du membre antérieur avec celui d'un chimpanzé et d'un pigmée.

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  • Une étude détaillée de ces fossiles, publiée dans Science, en septembre 2011, montre un mélange de caractères de grands singes , d'autres très humains et  certains qualifiés de "mixtes".
  • La main d’A. sediba avait une pince très précise entre son pouce et son index (sans utiliser la paume) : son pouce est relativement long par rapport à ses doigts, et bien musclé, ce qui lui aurait permis une manipulation des objets compatible avec la fabrication d’outils, affirment les paléoanthropologues. Pour l’instant aucun outil n’a été retrouvé mais les fouilles se poursuivent à Malapa. Le poignet d’A. sediba est plus proche de celui de l’homme moderne que le poignet d’Homo habilis, selon les chercheurs. Cependant sa main possède aussi des caractères archaïques, comme cette flexion permettant de grimper facilement aux arbres.

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  • Le bassin de l’australopithèque femelle de Malapa est en moins plat et plus large que celui de Lucy et davantage en forme de"coupe" comme celui des humains. L'évolution du bassin peut être corrélée avec celle de la taille du cerveau et donc du crâne des nouveau-nés. Mais le cerveau de A. sediba est du même volume que celui des autres australopithèques. Ici, ce serait plutôt les paramètres locomoteurs qui auraient influencés la modification de la forme du bassin : la bipédie est confirmée par l'orientation de la jambe et l'os de la cheville qui sont quasiment humains. Le pied a un talon étroit comme chez les grands singes mais possède une voûte plantaire et un tendon d’Achille plus proche de celui des Homo bipèdes. La démarche d’A. sediba sur deux pieds était sans doute différente de ce que l’on connaît jusqu’à présent et il devait utiliser deux modes de locomotion, la bipédie et la brachiation (déplacement dans les arbres).

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Comparaison du bassin d'A. sediba avec celui d'A. africanus (Kibii & al, Science)

  • Des études menées au synchrotron de Grenoble ont permis d'obtenir une image précise à 90 microns près de l'intérieur du crâne de l'adolescent de Malapa : l'encéphale a un faible volume de 420 cc, avec un pôle frontal et un lobe olfactif élargis, proches de ceux des hommes, chez qui ils sont associés à des capacités cognitives, comme la planification. La réorganisation du cerveau suivant un modèle humain aurait été très précoce, précédant l’augmentation du volume cérébral.

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  • En se basant sur cette combinaison de caractères, Lee Berger envisage une nouvelle hypothèse sur la phylogénie des Hominidés et l'origine du genre Homo :
 
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  • La revue Science a publié dans son numéro du 6 avril 2013 six articles présentant les résultats des études menées par une équipe internationale de scientifiques de l'ESI (Evolutionary Studies Institute), de l'université de  Witwatersrand (Wits) en collaboration avec une quinzaine d'autres institutions. Leurs travaux portent sur les restes d'Australopithecus sediba, découverts sur le site de Malapa, situé au nord-ouest de Johannesburg (Afrique du Sud), qui a livré plus de 220 ossements appartenant à 5 individus différents, dont des restes de bébés, d’adolescents et d’adultes. Les nouvelles analyses ont été menées sur les fossiles de deux d’entre eux (MH1 et MH2) dont l’âge est estimé entre - 1.977  et -1,980 million d’années.

 

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Le sacrum d'Australopithecus sediba

  • C’est la première étude à analyser des éléments de la région cervicale, thoracique, lombaire et sacrée de la colonne vertébrale de cet hominidé.  Elle  révèle que si Australopithecus sediba possédait  une courbure lombaire de type humain, elle était fonctionnellement plus longue et plus souple que celle de l'homme moderne. "Ils marchaient probablement d'une manière que nous pourrions trouver étrange –, une forme de compromis de bipédie montrant que cet hominidé devait encore en partie grimper aux arbres, explique le Dr Williams de l'Université de New York.

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Reconstitution de la partie supérieure du corps d'Australopithecus sediba - Côtes
  •  Le fossile de la femelle adulte est le premier squelette d’un hominidé présentant une région thoracique terminale intacte, ce qui fournit des informations essentielles sur les transitions au niveau des disques intervertébraux et, par là-même, sur la mobilité lombaire. Sa colonne vertébrale  avait probablement le même nombre de vertèbres que la notre, mais différait toutefois sur un point précis de sa configuration : la transition entre les faces articulaires intervertébrales se situait plus haut dans la colonne vertébrale qu’elle ne l’est normalement chez un homme moderne.  Associé à d’autres caractéristiques, une région lombaire fonctionnellement plus longue permet une souplesse plus importante de la colonne vertébrale chez Australopithecus sediba, par rapport à celle de l'homme moderne.
  • En outre, les indicateurs morphologiques de forte courbure lombaire suggèrent qu’Australopithecus sediba a évolué sur ce point par rapport à Australopithecus africanus qui vivait il y a 3,03 et 2,04 millions d'années, et est donc plus proche du squelette de l'adolescent de Nariokotome.
  • «Par-dessus tous, les fossiles fournissent un éclairage sans précédent sur l'anatomie et la position phylogénétique d’un tout premier ancêtre de l'homme moderne", a déclaré le professeur Lee Berger, chef de projet au Wits Evolutionary Studies Institute. Cet examen d’un grand nombre d’éléments associés, souvent complets et non déformés, nous donne l’aperçu d’une espèce d'Hominindés dont l’anatomie paraît une mosaïque, et qui présente une série de complexes fonctionnels qui sont différents de ce qu’on pouvait prévoir à la fois pour les autres australopithèques, et pour les premiers Homo.
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La mâchoire inférieure de la jeune femelle et la dentition du jeune mâle

  • Une autre partie de l'étude a porté sur la mâchoire et les dents d'Australopithecus sediba : la comparaison avec les autres espèces d'australopithèques et les différents formes du genre Homo laissent apparaître un grand nombre de similitudes avec Homo et traduisent donc une grande proximité entre les deux formes.

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Christophe DEFRANCE - Lycée de l'Escaut - Valenciennes


Date de création : 09/04/2010 ~ 09:23
Dernière modification : 05/05/2013 ~ 11:08
Catégorie : - Les Australopithèques
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