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nouvelles/tobias_petit.jpgDécès de Phillip Tobias - par Christophe_Defrance le 16/06/2012 ~ 10:35
Décès du grand paléoanthropologue sud-africain Phillip Tobias. Il restera comme l'un des pionniers des travaux sur les sites d'hominidés fossiles, notamment les grottes de Sterkfontein (nord-ouest de Johannesburg), fouillées à partir des années 1960 et classées depuis au patrimoine de l'Unesco. C'est dans ce lieu qu'a été mis au jour "Little foot", le plus ancien et le plus complet des squelettes d'australopithèque jamais découvert et dont la datation le situe à plus de 4 millions d'années. En collaboration avec Louis Leakey (1903-1972) et John Napier, Phillip Tobias a identifié, décrit et nommé l'espèce Homo habilis, annoncée dans la revue Nature en 1964, et plus ancien représentant du genre Homo.

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Avec lui, c'est aussi une grande voix de la lutte contre le racisme qui s'est éteinte et la fondation Nelson Mandela lui a rendu hommage, en saluant l'"icône de la science et le militant anti-apartheid" qu'était Phillip Tobias. Pressenti 3 fois pour le prix Nobel, il était officiellement retraité depuis 1993, mais restait très actif et un pilier de la science en Afrique du Sud. Né à Durban le 14 octobre 1925, Tobias aura gardé jusqu'à la fin de sa vie une curiosité intacte et sans limite pour la génétique, l'histoire et la théologie. Il est décédé le 7 juin 2012.

nouvelles/castanet_petit.jpgDatation de l'Abri Castanet - par Christophe_Defrance le 17/05/2012 ~ 10:42
Les plus anciennes traces d'art pariétal. L'Abri Castanet - découvert en 1911 -  est situé à Castel Merle, dans le Périgord noir (Dordogne) : il s'agit d'un abri sous roche d'une surface de 250 à 300 m2 qui servait d'habitat à un groupe qui pourrait avoir totalisé jusqu'à 300 habitants et qui est connu pour la richesse de ses vestiges dont de nombreuses représentations symboliques parmi les plus vieilles d'Eurasie. Des fouilles menées par une équipe internationale depuis plus de quinze ans ont mis à jour en 2007 un bloc de calcaire de 1500 kilogrammes, qui faisait partie de la voûte et qui s'est effondré. Ce bloc est décoré de nombreuses gravures (figures géométriques, animaux, vulves) teintées d'ocre. Ll’analyse géologique et contextuelle de ce bloc rocheux ai permis de dater cet effondrement à environ 37 000 ans et d’établir qu’il se situait à environ 2 m de hauteur, à portée de main des Aurignaciens qui occupaient le lieu à l’époque : il s'agit donc du plus ancien élément d'art pariétal connu (publié dans PNAS du 14/05/2012).

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La datation au radiocarbone avait permis de déterminer l'âge des artefacts trouvés sur le sol (parures en dents d'animaux et de coquillages provenant de la Méditerranée ou de l'Atlantique, perles d'ivoire provenant de défenses de Mammouth) : 37000 ans. L'étude géologique a démontré que la surface décorée du bloc décoré était en contact direct avec la surface archéologique sur laquelle il s'est effondré (absence de sédimentation) : ce sont donc bien les occupants de l'abri qui ont décoré le plafond. Les gravures murales de l'abri Castanet sont donc plus anciennes que les représentations de la grotte Chauvet (qui n'était pas un lieu d'habitation mais plutôt un "sanctuaire") et traduisent l'art du quotidien, sorte de "décorations d'intérieur" de l'endroit où vivaient ces artistes aurignaciens.



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australo/taung/cerveau_accouchement.jpgCerveau des Australopithèques et accouchement - par Christophe_Defrance le 12/05/2012 ~ 10:51
Structure du crâne, accouchement et développement cérébral chez les Australopithèques. Une équipe de scientifiques de l'Université de Floride dirigée par Dean Folk, aidée de chercheurs de l'Université de Zurich, a comparé chez différents Hominidés (grands singes, Australopithèques, Homo archaïques et modernes) l'évolution de la suture métopique : cette segmentation de l'os frontal du foetus jusqu'après la naissance permet l'accouchement de bébés aux crânes - et donc aux cerveaux - volumineux mais malléables. La persistance de cet avantage évolutif peut être mise en relation avec la taille du cerveau chez l'adulte et le type de bipédie pratiquée.

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Tomographie du crânede l'enfant de Taung

La pièce maîtresse de l'étude est le crâne de l'
enfant de Taung - découvert en 1924 en Afrique du Sud par Raymond Dart. Ce jeune Australopithecus africanus était âgé d'environ 4 ans : il est composé d'une face, d'une mâchoire inférieure et d'un moulage endocrânien naturel fait de débris rocheux et qui a pu être reconstitué par tomographie informatisée. Il est possible d'observer la suture entre les os crâniens sur ce spécimen. L'analyse de ce crâne et celle de plusieurs centaines de Chimpanzés et Bonobos, de plus de 1000 hommes modernes et de 62 formes fossiles d'australopithèques, Homo erectus et Homo neandertalensis a permis de mettre en évidence que, chez les grands singes, la suture métopique se ferme (l’os frontal se soude en un bloc) très peu de temps après la naissance, tandis que chez l'enfant de Taung et les autres homininés étudiés, cette soudure commence seulement après l'éruption des premières molaires, vers 2 ans, remontant chez l'homme actuel de la racine du nez vers la fontanelle (comme une fermeture éclair qui se ferme), pour s’achever vers l’âge de 6 ans (résultats publiés dans PNAS du 7 mai 2012).

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Comparaison des sutures métopique chez le Chimpanzé et l'Homme
 

Pour les chercheurs, les pressions sélectives favorisant cette fusion retardée chez les Homininés pourraient résulter de trois aspects :
  • la difficulté de donner naissance à des bébés à grosse tête au travers de canaux de naissance reconfigurés par la bipédie (modifications de la structure du bassin) ;
  • le fort taux de croissance post-natale précoce du cerveau ;
  • le réorganisation et l'expansion du néocortex frontal.
Pour résumer, ces données indiquent que l'évolution du cerveau des Homininés s'est produite dans un réseau complexe de contraintes foetalo-pelviennes qui a nécessité une modification des modes d'ossification neuro-crânienne frontale. Cette évolution est compatible avec un accouchement facilité et un fort taux de développement cérébral. Il convient cependant de tenir compte de la variabilité de l'âge de la fermeture de la suture métopique et de confirmer chez d'autres fossiles que l'enfant de Taung ou à partir d'autres indicateurs (comme la soudure de la fontanelle) pour avoir de certitudes chez les Australopithèques.

culture/chauvet/chauvet_petit.jpgDatation des peintures de la grotte Chauvet - par Christophe_Defrance le 12/05/2012 ~ 09:46
Datation des éboulements qui bouchent l'entrée de la grotte Chauvet. La grotte Chauvet (Ardèche) est l'une des plus riche pour l'art pariétal. Les peintures rupestres avaient été datées indirectement par la méthode du radiocarbone (utilisée sur les débris de charbon de bois trouvés sur le sol) et par principe d'identité paléontologique (ossements fossilisés d'animaux présents) : les plus anciennes correspondent à l'Aurignacien (environ - 31 000 ans). L'âge des peintures était cependant controversé car le style et les techniques utilisés sont proches de ceux utilisés dans d'autres sites bien plus récents et correspondant au Magdalénien (de - 17 000 à - 11 000 ans).
Lors de sa découverte en 1994, la grotte Chauvet était obstruée par des éboulis de la corniche qui la surplombe et qui interdisaient l'entrée du site. Ce sont ces éboulement qui viennent d'être datés par une équipe dirigée par Benjamin Sadier (Laboratoire Environnements, Dynamiques et Territoires de la montagne, Université de Savoie - CNRS)  aidée par le Centre de Recherche et d'Enseignement de Géosciences de l'Environnement (Cerege, Aix-en-Provence) : des analyses géomorphologiques et la datation de la falaise restée en place au Chlore 36 ont permis de savoir depuis combien de temps ce pan rocheux est exposé à la lumière suite à l'éboulement. Leurs résultats indiquent que plusieurs effondrements sont survenus entre - 29 000 et - 21 000 ans (publié dans
PNAS du 7 mai 2012
); L'intérieur de la grotte était bloqué depuis au moins 21 000 ans ce qui la rendait inaccessible aux magdaléniens : l'argument stylistique et technique n'est donc plus recevable. Les datations radiochronologiques sont cohérentes : elles montrent une occupation aurignacienne de - 32 000 à - 29 000 ans puis une occupation gravettienne de - 27 000 à - 24 500 ans. Aucune ne relève d'élément postérieur à - 21 000 ans établis comme date limite de l'éboulement. Les peintures rupestre de la grotte Chauvet seraient donc bien les plus anciennes du monde !
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nouvelles/spyrou_petit.jpgPrésentation de Spyrou - par Christophe_Defrance le 15/01/2012 ~ 11:49
La reconstitution de l'Homme de Spy. Il s'appelle Spyrou, et sa reconstitution a été réalisée à partir des mesures précises du squelette presque complet de l'individu dénommé « Spy II ». Dans une démarche scientifique inédite, l'Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique, conservateur des ossements, a collaboré avec le LABO de l'Université Libre de Bruxelles pour réaliser une reconstruction virtuelle en trois dimensions du squelette. Ce travail a permis l'impression en trois dimensions du squelette complet par le Centre collectif de l'Industrie technologique belge (Sirris). Chaque ossement a été imprimé en résine de polyamide.Une première série d'ossements a été remontée par l'IRSNB afin de fournir un squelette complet et articulé du Néandertalien Spy II à l'Espace de l'Homme de Spy et une seconde a servi de base à la reconstitution de "Spyrou" par les frères Kennis.

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Les Hommes de Spy sont les plus célèbres hommes fossiles de Belgique : découverts en 1886, à une époque où l'on ignorait tout des origines de l'homme (le squelette de Neandertal a été découvert en 1856), les découvertes ont permis de confirmer que les hommes fossiles différents de l'homme moderne avaient bien existé. Datés de - 40 000 ans environ, ils sont bien conservés et permettent, encore aujourd'hui, de nouvelles découvertes scientifiques.

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culture/venus/villers_petit.jpgLa dame de Villers-Carbonnel - par Christophe_Defrance le 11/12/2011 ~ 15:59
Découverte d'une vénus du Néolithique à Villers-Carbonnel. Les archéologues de l’INRAP qui fouillent le tracé du canal Seine-Nord-Europe ont découvert une statuette de Vénus datant du Néolithique, baptisée la Dame de Villers-Carbonnel du nom de la commune où est situé le site, sur la rive gauche de la Somme. Les archéologues ont dégagé deux vastes enceintes appartenant à la culture chasséenne (environ 4300-3600 avant notre ère) : la plus ancienne définit un espace de 6 hectares environ, délimité par un fossé et une palissade et une seconde, plus vaste (supérieure à 15 hectares) comportant également une palissade et ponctuée sur l'extérieur de tronçons de fossés, qui abritait bâtiment, fossés, trous de poteau, fours... Ils ont d'abord retrouvé des fragments de la statuette dans un four dont la voûte de terre s’est effondrée, puis, après remontage des fragments, la statuette s’est révélée entière.

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Photo : D. Bossut (INRAP)

 

La statuette en pierre cuite, d'une hauteur de 21 cm, est modelée à partir d’une plaque d’argile rectangulaire. Ses hanches sont larges et accentuées ; les fesses proéminentes viennent amplifier le déséquilibre entre la partie inférieure du bassin et la taille étroite et fine. Les bras sont esquissés par deux bourrelets au niveau des épaules, mais ne sont pas réellement figurés, pas plus que les mains. Le sexe n’est pas représenté, mais les seins sont formés par l’ajout de deux petites boules de pâte légèrement étirées. La tête enfin, très stylisée et sans visage, est constituée d’un simple cône. Cette statuette féminine possède des lignes pures mais asymétriques, par exemple au niveau des seins et des jambes. Comme pour de nombreuses vénus préhistoriques
, la statuette est stylisée, avec une forte abstraction de la représentation du corps féminin, marquée par la largeur des hanches et les seins.
Le caractère exceptionnel de la découverte tient à la fois à l'intégrité de la statuette et de la rareté des figurations féminines retrouvées au Néolithique moyen.

australo/sediba/main_petit.jpgDu nouveau sur Australopithecus sediba - par Christophe_Defrance le 11/09/2011 ~ 12:39
Nouvelles publications sur Australopithecus sediba. Lee Berger, professeur à l’Université de Witwatersrand (Afrique du Sud) découvre en 2008 une clavicule fossilisée d’Homininé dans la région de Malapa, au nord de Johannesbourg, à proximité des sites de Sterkfontein et de Swartkrans. Les fouilles entreprises depuis lors ont permis de dégager plus de 220 ossements bien conservés appartenant à au moins cinq individus jeunes et adultes des deux sexes. Cette nouvelle espèce âgée de 1,98 millions d’années a été dénommée Australopithecus sediba. Une étude détaillée de ces fossiles, publiée dans Science, montre un mélange de caractères de grands singes , d'autres très humains et  certains qualifiés de "mixtes".
La main d’A. sediba avait une pince très précise entre son pouce et son index (sans utiliser la paume) : son pouce est relativement long par rapport à ses doigts, et bien musclé, ce qui lui aurait permis une manipulation des objets compatible avec la fabrication d’outils, affirment les paléoanthropologues. Pour l’instant aucun outil n’a été retrouvé mais les fouilles se poursuivent à Malapa. Le poignet d’A. sediba est plus proche de celui de l’homme moderne que le poignet d’Homo habilis, selon les chercheurs. Cependant sa main possède aussi des caractères archaïques, comme cette flexion permettant de grimper facilement aux arbres.

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Le bassin de l’australopithèque femelle de Malapa est en moins plat et plus large que celui de Lucy et davantage en forme de"coupe" comme celui des humains. L'évolution du bassin peut être corrélée avec celle de la taille du cerveau et donc du crâne des nouveau-nés. Mais le cerveau de A. sediba est du même volume que celui des autres australopithèques. Ici, ce serait plutôt les paramètres locomoteurs qui auraient influencés la modification de la forme du bassin : la bipédie est confirmée par l'orientation de la jambe et l'os de la cheville qui sont quasiment humains. Le pied a un talon étroit comme chez les grands singes mais possède une voûte plantaire et un tendon d’Achille plus proche de celui des Homo bipèdes. La démarche d’A. sediba sur deux pieds était sans doute différente de ce que l’on connaît jusqu’à présent et il devait utiliser deux modes de locomotion, la bipédie et la brachiation (déplacement dans les arbres).
 
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Comparaison du bassin d'A. sediba avec celui d'A. africanus (Kibii & al, Science)

Des études menées au synchrotron de Grenoble ont permis d'obtenir une image précise à 90 microns près de l'intérieur du crâne de l'adolescent de Malapa : l'encéphale a un faible volume de 420 cc, avec un pôle frontal et un lobe olfactif élargis, proches de ceux des hommes, chez qui ils sont associés à des capacités cognitives, comme la planification. La réorganisation du cerveau suivant un modèle humain aurait été très précoce, précédant l’augmentation du volume cérébral.

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En se basant sur cette combinaison de caractères, Lee Berger envisage une nouvelle hypothèse sur la phylogénie des Hominidés et l'origine du genre Homo :

 
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hommes/pekin/dent_pekin_petit.jpegOn a retrouvé une dent de l'Homme de Pékin - par Christophe_Defrance le 06/06/2011 ~ 15:00
Des dents de l'Homme de Pékin retrouvées dans un musée en Suède. Per Ahlberg, Professeur en Biologie évolutive, et ses collègues de l'Université d'Uppsala, en Suède, ont récemment inventorié 40 cartons oubliés depuis des décennies dans un coin du Musée de l'Évolution de cette ville, et contenant divers fossiles de dinosaures et autres vertébrés collectés en Chine dans les années 1920. Et parmi ceux-ci, 4 dents appartenant à l'Homme de Pékin, dont la seule canine connue de cet Homininé (variété extrème oientale d'Homo erectus). Premiers scientifiques européens à se rendre en Chine au début du XX° siècle, les paléontologues suédois ont mené une série d'expéditions en collaboration avec leurs collègues chinois, mettant au jour un grand nombre de fossiles, dont beaucoup furent expédiés en Suède. Le Musée de l'Évolution d'Uppsala détient ainsi l'une des plus belles collections – hors Chine – de fossiles venant de ce pays, collection encore enrichie par la récente redécouverte. Ses responsables ont donc tout naturellement convié les spécialistes chinois de l'Institut de Paléontologie des Vertébrés et de Paléoanthropologie de Pékin à partager cette nouvelle (re)découverte.

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Les différents fossiles de l'Homme de Pékin ramenés en Occident ont mystérieusement disparu pendant la seconde guerre mondiale. Ne subsistaient que 5 dents et quelques fragments crâniens trouvés dans les années 1950-1960 et conservés en Chine. Les dents retrouvées en Suède sont donc une source d'informations extrêmement précieuses. Selon le professeur Liu Wu, de l'Académie Chinoise des Sciences, cette canine est fracturée, mais bien conservée : l'analyse des traces d'usures sur cette dent,  et les éventuels restes microscopiques issus de plantes, fourniront des renseignements sur le régime alimentaire de l'Homme de Pékin et, en complétant l'étude grâce aux autres éléments retrouvés dans la remise du musée d'Uppsala, de reconstituer son environnement.

paranthropes/zinj/knm-er406_thumb.jpgDu nouveau sur l'alimentation des Paranthropes. - par Christophe_Defrance le 04/05/2011 ~ 19:06
Paranthropus boisei était majoritairement végétarien. Une étude publiée dans PNAS présente les résultats de l'analyse des restes de 24 dents différentes appartenant à 22 individus de l'espèce Paranthopus boisei ayant vécu entre 1.4 et 1.9 millions d’années sur différents sites du Kenya. L’étude a été menée par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs, dirigée par le géochimiste Thure Cerling, et constituée de Kevin Uno (géologue, Université de l’Utah) mais également d’anthropologues (comme Meave Leakey et Emma Mbua), de paléontologues (Francis Kirera, Frederick Manthi). La première opération consiste à forer l’émail des dents fossilisées, dans les parties déjà cassées, afin d’en extraire la quantité de poudre nécessaire à l'analyse (2 milligrammes). Cette poudre est ensuite analysée chimiquement afin de déterminer le rapport des isotopes de carbone contenus dans l’émail dentaire : ce rapport est déterminé par le type d’aliment consommé majoritairement par un individu durant son existence. Ici, les scientifiques ont pu déterminer si Paranthropus boisei consommait plutôt des aliments issus de plantes utilisant la photosynthèse en C3 (comme les arbres, arbustes, noix, fruits…) ou ou en C4 (comme les graminées tropicales, carex…). Les résultats indiquent un régime alimentaire majoritairement constitué de plantes utilisant la photosynthèse C4 : la moyenne des 22 individus testés montre une proportion de 77% de graminées tropicales ou de carex (comme notre actuel papyrus), des pourcentages proches de ceux d'autres Mammifères ancêtres des zèbres, porcs, phacochères et hippopotames. Par contre, il ne correspond à aucun des autres Homininés, ni à celui de l’homme actuel (parmi les Primates, seule une espèce éteinte de Babouin herbivore présente des résultats comparables).
Les études précédentes, basées sur la morphologie de la mâchoire, la forme et la taille des dents ainsi que sur l’analyse des micro-traces au microscope électronique, et parfois sur une analyse chimique, laissaient supposer une alimentation majoritairement constituée de noix et de fruits à coques (d'où son surnom de "casse-noix") des Paranthropes. Les résultats de cette étude montrent que Paranthropus boisei avait un régime alimentaire différent, ce qui élargit la gamme des types d'alimentation possible pour la lignée humaine.

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australo/afarensis/110210141215-thumb.jpgNouvelle étude de la bipédie des Australopithèques - par Christophe_Defrance le 13/02/2011 ~ 10:05
La bipédie des Australopithèques est proche de la notre. Une équipe de scientifiques dirigée par Carol Ward (Chercheur École de médecine de MU), William Kimbel et Donald Johanson (Institut des origines de l'homme, Arizona State University) vient de publier les résultats de leur étude d'un métatarse du pied d'un Australopithecus afarensis (Science - 10/02/2011).  Cet os, Al-333-160, a été découvert sur le site d'Hadar (Ethiopie) qui a été daté de 3.2 millions d'années. Il a pu être comparé au pied d'Homo sapiens qui présente des spécificités anatomiques témoignant des caractéristiques de sa bipédie : en particulier, le pied humain présente une voûte interne entre les orteils et le talon, qui permet l'absorption des chocs liés à la marche et qui forme un point d'appui lors de la propulsion. Les cinq os métatarsiens de l'homme sont donc légèrement courbés pour former cette cambrure.

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Le métatarse d'Australopithecus afarensis étudié montre une courbure similaire à celle de l'homme actuel. Cette étude ne porte cependant que sur un seul os métatarsien. Si cette étude est confimée, elle fournirait un nouvel éclairage sur le mode de vie des australopithèques : on pense jusqu'à présent que leur répertoire locomoteur est composé essentiellement d'arboricolisme associé à une bipédie différente de la notre, plus chaloupée. Avec une bipédie plus proche de celle de l'homme, les australopithèques auraient pu parcourir de plus grandes distances pour se procurer leur nourriture dans des environnements moins boisés.
Il faudra donc confirmer ces résultats et l'appartenance du métatarsien à Australopithecus afarensis (et non pas à une autre espèce d'australopithèque) par de nouvelles découvertes.
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Comparaison des relations angulaires au niveau du métatarse chez différents Hominidés

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