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hommesrecents/neandertal/adn_neandertal_petit.jpgSéquençage complet de l'ADN mitochondrial d'un Homme de Néandertal - par Christophe_Defrance le 05/09/2008 ~ 07:18
Publication des résultats du séquençage complet de l'ADN mitochondrial d'un Homme de Néandertal. La revue Cell et le magazine Nature ont publié en août 2008 les résultats de l'étude de l'ADN mitochondrial d'un Homo neandertalensis de 38000 ans, découvert en 1980 dans la grotte de Vindija (Croatie). Richard Green de l'institut Max-Planck d'anthropologie évolutive, l'un des coauteurs de cette étude, a réussi ce premier séquençage de la totalité d'un ADN mitochondrial de Néanderthalien. L’ADN mitochondrial est un ADN transmis de mères en filles. Il est plus stable que l’ADN nucléaire contenu dans le noyau car il ne subit quasiment pas de recombinaisons : cette propriété est utilisée en paléoanthropologie pour reconstruire les lignées humaines et dater leur divergence grâce au principe de l’horloge moléculaire (le nombre de mutations de l’ADN est proportionnel au temps).
Les résultats confirment que le dernier ancêtre commun des Hommes de Néandertal et des Hommes modernes (Homo sapiens) aurait vécu il y a 660 000 ans (à 140 000 ans près). Les séquences de l’ADNmt de ce Néandertalien sont trop différentes des nôtres pour traduire une quelconque hybridation, ce qui prouve une évolution indépendante des deux lignées à partir de cet ancêtre commun. Par ailleurs, les scientifiques ont remarqué que certaines mutations préjudiciables étaient relativement conservées dans cet ADN, ce qui suggère un faible brassage génétique : ils estiment qu' il y a 40 000 ans (soit 10 000 ans avant leur disparition), les populations de Néandertaliens étaient déjà sur le déclin (quelques centaines d’individus seulement en Europe).
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Michael Egholm, Svante Pääbo et Ralf Schmitz
Le chercheur allemand Svante Pääbo, de l’Institut Max Planck, a commencé son œuvre de déchiffrage il y a plus de dix ans avec la première analyse de l’ADN mitochondrial de Néandertalien, publiée en 1997. Au printemps dernier il annonçait avoir isolé de l’ADN nucléaire, contenu dans le noyau de la cellule et non pas dans la mitochondrie. L’ADN nucléaire fournit beaucoup plus d’informations mais il se dégrade plus facilement avec le temps et il est contaminé par l’ADN de bactéries ou de champignons. Le travail d’identification des séquences néandertaliennes est donc complexe. L’équipe de Svante Pääbo a déchiffré une séquence d'environ un million nucléotides de l’homme de Neandertal, grâce une nouvelle technique appelée le pyroséquençage (pyrosequencing), qui permet d’analyser les séquences d’ADN sans les amplifier. L’équipe d’Edward Rubin, qui a travaillé avec le même matériel en partenariat avec Pääbo, a utilisé une autre méthode et a identifié 65.000 paires de bases. Les deux analyses parviennent à des conclusions très proches sur la chronologie. Pour l’équipe de Pääbo Homo sapiens et Homo neanderthalensis ont divergé il y a environ 500.000 ans, tandis que l’équipe de Rubin conclut que les deux espèces ont partagé un ancêtre commun il y a 700.000 ans et qu’elles se sont séparées il y a 370.000 ans. La différence entre les deux génomes serait inférieure à 0,5%. Rubin et ses collègues n’ont pas trouvé de traces d’un croisement entre l’homme moderne et l’homme de Neandertal. Pääbo n’exclut pas que des gènes de l’homme moderne soient passés aux Néandertaliens. A moins que ce ne soit l’effet d’une contamination de l’échantillon par de l’ADN humain actuel.
Il faudra donc réunir davantage de séquences de l’ADN néandertalien pour répondre aux nombreuses questions qui se posent encore. Pääbo et ses collègues espèrent publier une séquence complète de l’ADN nucléaire de ce spécimen d’Homme de Neandertal (soit 3 milliards de paires de bases contre 16 569 pour l’ADNm) d’ici deux ans.