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hommes/erectus/bassin_petit.jpgReconstitution du bassin d'Homo erectus - par Christophe_Defrance le 20/11/2008 ~ 09:04

Reconstitution du bassin d'une femelle Homo erectus : les bébés avaient déjà un gros cerveau ! L’équipe de Sileshi Semaw (Stone Age Institute, Indiana, US) et Scott Simpson (Case Western Reserve University, Cleveland, US) a reconstitué un bassin de femelle presque complet attribué à l’espèce H. erectus. Les Homo erectus sont des homininés plutôt grands et fins, adaptés à la course, les chercheurs s’attendaient à ce que la taille du bassin soit assez réduite chez les femmes. Le fossile de l'adolescent du Turkana (Homo ergaster) était à la base de beaucoup d'hypothèses concernant la stature d'Homo erectus. Le pelvis fossilisé, âgé de 1,2 millions d’années, découvert en 2001 en Ethiopie dans la région de Gona (formation de Busidima), dans l’Afar éthiopien, a été complétement dégagé en 2003 et vient d'être reconstruit et comparé à d'autres bassins.

RTEmagicC_pelvisgona_jpg.jpgcomparaison_bassins.jpg

Le bassin de Gona (les parties en bleu correspondent aux morceaux manquant) - Comparaison avec le bassin d'Australopithecus afarensis (à gauche) et d'Homo sapiens (à droite)

Le bassin de la femelle erectus de Gona est 30% plus large que les estimations, expliquent Simpson et ses collègues dans la revue Science publiée le 14/11/2008, notamment les passages empruntés par le fœtus lors de la naissance, qui correspondent à des bébés qui ont déjà un gros cerveau. La croissance du cerveau pendant la gestation serait ainsi comparable à celle des Homo sapiens actuels mais la croissance post-natale serait plus proche de celle des chimpanzés (le cerveau adulte des H. erectus étant plus petit que celui des H. sapiens). Ces observations signifient que le développement d’homininés dotés de gros cerveaux étaient déjà bien en place il y a 1,2 million d’années. Cela ne veut pas dire pour autant que l’enfance des Homo erectus était comparable à la nôtre. Différentes études, notamment de la croissance des dents, ont montré que ces homininés atteignaient beaucoup plus tôt la maturité et l’âge de la reproduction (estimé vers 15 ans) que les humains actuels (19,3 ans). D’après l’étude du jeune H. sapiens découvert à Jebel Irhoud (Maroc), on estime par ailleurs que les hommes modernes qui vivaient il y a 160.000 ans connaissaient une longue enfance comparable à la nôtre. Les chercheurs estiment donc globalement que le tournant s’est produit il y a entre 800.000 et 200.000 ans, à un moment où les avantages d’une enfance prolongée, permettant un développement plus important du cerveau, l’ont emporté sur les risques de cette période de fragilité et de dépendance aux adultes et sur les inconvénients d’une reproduction plus tardive.